Interview de Marie-Aude Murail

 

 

Marie-Aude Murail était invitée au Printemps du livre de Grenoble pour cette édition 2018 afin de présenter Sauveur et fils, sa dernière série de romans.
Fabio n’a pas pu la rencontrer sur le salon mais il ne s’est pas découragé et lui a proposé un entretien écrit… qu’elle a accepté ! Elle réserve habituellement l’écriture à ses romans mais pour Fabio elle a fait une exception.
Bravo à Fabio et un grand merci à Marie-Aude Murail !

Fabio : Quelle a été l’idée initiale ayant permis d’écrire Sauveur & Fils ?

Marie-Aude Murail : Je cherche souvent des lieux où on peut trouver toutes les classes d’âge et toutes les catégories sociales pour y établir mes romans. Un salon de coiffure comme dans Maïté coiffure ou bien un cabinet de généralistes comme dans La fille du docteur Baudoin. J’ai donc pensé au cabinet d’un psychologue de ville. J’ai tout de suite imaginé la maison dans laquelle il exerçait, ayant des amis psy qui vivent ainsi, côté rue pour les patients et côté jardin pour la famille. Mais c’est aussi la montée de nombreux problèmes psychologiques et de souffrances psychiques, dans la société et au plus près de moi, qui m’a mise dans une sorte d’état d’urgence. Il fallait que j’en parle. J’ai démarré sur la thérapie de Margaux parce qu’une de mes jeunes amies de 12 ans m’a raconté comment l’infirmière scolaire était entrée dans sa classe et avait demandé aux élèves de remonter leurs manches pour voir quels étaient ceux qui se scarifiaient !

Fabio : Quelles ont été les difficultés que vous avez rencontrées lors de l’écriture de Sauveur & Fils ?

Marie-Aude Murail : Ma principale difficulté a sans doute été de me glisser dans la peau d’un grand Antillais d’un mètre 90 et d’un petit garçon métis de neuf ans, découvrant la réalité du racisme. Je me pose toujours la question de la légitimité : est-ce à moi de parler d’un problème que je ne connais pas, du moins de l’intérieur ? C’est Louise qui m’a aidée, car elle se pose toutes les questions de ma mauvaise conscience. Suis-je réellement débarrassée de tout relent de racisme, de tout stéréotype ?

Fabio : Dans les saisons de Sauveur & Fils, les thématiques du harcèlement et de la différence entrée présente. Quels messages vouliez-vous faire passer ?

Marie-Aude Murail : Gustave Flaubert dit que si un lecteur ne peut pas tirer la morale d’un livre, c’est que le livre est faux ou que le lecteur est un imbécile. Je raconte une histoire, j’aide le lecteur à s’identifier aux personnages, j’expose des situations et je témoigne de mon époque. Mais je laisse au lecteur le soin de tirer les conclusions.

 

 

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